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17 mars 2010

"Rien n’est écrit d’avance dans le cerveau" Catherine VIDAL Neurobiologiste, directrice de recherche à l’Institut Pasteur

Interview parue dans Fenêtres sur Cours n°338

L’idée de repérer de manière précoce les enfants à problèmes vous fait réagir…

Il est de mon devoir de biologiste de réagir face au retour des idées déterministes qui tendent à justifier le fichage des comportements de certains enfants, souvent dès la maternelle, au prétexte qu’ils risquent de devenir des délinquants ou des antisociaux.
Cette vision est en totale contradiction avec les progrès de nos connaissances sur le cerveau.
On a fait la démonstration que rien n’y est jamais figé, que le cerveau évolue sans arrêt et se construit en fonction des apprentissages et des expériences vécues.
Depuis dix ans, les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale, comme l’IRM, ont conduit à une véritable révolution dans la compréhension du fonctionnement du cerveau : c’est la découverte de la plasticité cérébrale qui, à tous les âges de la vie, permet la fabrication de nouvelles connexions entre neurones en interaction avec le monde extérieur.
Les anciennes théories selon lesquelles tout était joué avant 3 ans, ou 6 ans, sont complètement dépassées.

La définition médicale des troubles du comportement des enfants pourrait suggérer une base biologique. Est-ce justifié ?

La question fondamentale est de savoir si ces « troubles » relèvent du comportement normal d’un enfant ou s’il s’agit d’une pathologie du cerveau.
Cette dernière conception est celle de l’association américaine de psychiatrie qui a inscrit dans sa classification de nouvelles pathologies des enfants : les « troubles des conduites », « l’opposition avec provocation », « l’hyperactivité avec déficit d’attention ».
Or jusqu’à présent toutes les études sur un soi-disant gène de la délinquance ou sur une origine cérébrale de comportement antisocial sont contestées par la grande partie de la communauté scientifique.

Mais l’usage de ce vocabulaire médical se banalise : ceux qu’on nommait autrefois « chenapans » ou « petits diables » sont devenus des « hyperactifs ».
Banalisation également comme aux USA des médicaments psychotropes (Ritaline) qui ne ciblent pas les causes de l’agitation, mais simplement les conséquences.

Quelles sont les conséquences en terme de prévention et de prise en charge ?

Le problème est l’amalgame entre dépistage et prédiction qui entretient l’illusion que si on arrive à cibler précocement un trouble du comportement, on évitera qu’un enfant devienne un délinquant.
Un enfant n’est pas une machine cérébrale déjà programmée.
La notion de prédiction n’est pas défendable face à la réalité de la plasticité cérébrale au cours du développement.
Seulement 10 % des connections entre les neurones sont présentes à la naissance, les 90 % restant se forment ultérieurement en fonction des apprentissages et des interactions de l’enfant avec le milieu environnant.
Si on donne des médicaments à un jeune enfant, alors que son cerveau est en pleine fabrication, il y a un danger d’interférer avec les processus de maturation cérébrale.
Un enfant en souffrance demande une prise en charge globale, de lui-même et de son entourage, avec des professionnels spécialistes de la petite enfance.
Il faut comprendre ce qu’il vit dans son corps, dans sa tête, dans sa famille, à l’école, pour arriver à l’aider à retrouver un équilibre face à des troubles momentanés.

Les enseignants s’interrogent, sur le développement des tests de dépistage…

Sur le modèle des pays anglo-saxons, on veut étiqueter les enfants grâce à des questionnaires, des grilles d’évaluation, souvent sous forme informatisée.
C’est un logiciel qui affiche la probabilité du risque que l’enfant présente plus tard des troubles des conduites.
L’automatisation du dépistage est en lien avec la tendance à médicaliser la souffrance psychique. Ces pratiques sont une réelle menace pour les organismes de prise en charge des enfants qui ont largement fait preuve de leur efficacité (PMI, aide à l’enfance en difficulté, secteur de pédopsychiatrie, réseaux d’aides spécialisés). N’oublions pas que les nouvelles tendances de dépistage ne sont pas dissociables d’intérêts financiers sous-jacents pour ceux qui vendent les logiciels dans les écoles.
Tout comme les 8 millions d’enfants aux USA sous Ritaline qui représentent un marché considérable…

Propos recueillis par Michèle Frémont

 

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