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8 septembre 2008

"Pour mieux assurer l’identité et la pérennité de l’école maternelle, mieux vaut la laisser travailler en paix,..." Anne Marie GIOUX défend l’école maternelle.

Anne-Marie GIOUX

Auteure de "Première école, premiers enjeux" - Hachette 2000
Docteur en Sciences humaines- Membre du Conseil scientifique de l’AGEEM
Inspectrice d’académie- IPR Etablissements et Vie scolaire retraitée

Maternelle : NON aux propositions de Mr Bentolila

" Pour mieux assurer l’identité et la pérennité de l’école maternelle, mieux vaut la laisser travailler en paix, et pour cela, éviter d’en faire un objet de polémique et de propositions hasardeuses". Spécialiste de la maternelle, Anne-Marie Gioux s’oppose assez violemment aux propositions du rapport Bentolila.

La "volonté de laisser une trace de soi-même sur l’intelligence d’un autre..." plus qu’un objectif cognitif adapté à des enfants de moins de 7ans, est une préoccupation de la vieillesse qui sent son pouvoir sur les objets diminuer..

En quête d’audience médiatique, Mr Bentolila le démontre largement par sa façon racoleuse de traiter d’une école qui lui a récemment fait savoir son désaveu...

Dépité du peu d’échos de son rapport, il revient à la charge, stigmatisant des adversaires dignes de son expertise, lui qui n’est ni " progressiste autoproclamé " ni" conservateur nostalgique" ... lui qui se targue d’être le légitime

- défenseur d’une école qu’il dessert en la présentant de façon caricaturale, sans doute parce qu’il la méconnaît, ou qu’il ne la connaît que de loin

- défenseur condescendant de la sérénité des femmes qui n’ont pas besoin d’un porte-parole tel que lui

- pourfendeur d’une formation dont il disait lui-même il y a quelques mois "Disons le tout net ! L’immense majorité des universitaires n’ont rien à apporter à la formation des maîtres du premier degré"... en tant que linguiste et universitaire, disons-le lui tout net, soit il se contredit, soit ses compétences ont évolué.

NON à l’Ecole Maternelle obligatoire,

Pour mieux assurer l’identité de l’EM, il serait plus avisé de ne pas la transformer en école obligatoire. C’est inutilement marquer d’une coercition cette entrée dans le monde de la connaissance, où le devoir apprendre transformerait en corvée ce qui devrait rester de l’ordre du désir .
" Obliger les parents à scolariser leurs enfants dès 3 ans révolus" est inutile, ils le font déjà de plein gré à 99 % de la population des enfants de 3 ans.
Quant à rendre obligatoire la scolarité à 5 ans, les dérives normatives de notre système socio-scolaire feraient naître encore plus tôt l’anxiété et la peur de l’école ... sans améliorer la réussite de tous les élèves.

NON à la présentation de l’Ecole Maternelle comme machine de guerre,

Il n’appartient pas à une école maternelle, de " combattre" les inégalités linguistiques et sociales. Entre 2 et 6 ans, elle prévient les difficultés, elle aide à les surmonter, elle encourage et elle valorise les progrès accomplis.
Si combat il y a, il relève de décisions politiques et économiques, de votes et de lois, pour que tous les enfants sur le territoire français disposent des mêmes chances d’accueil, que la campagne et la ville soient enfin perçues et aidées en fonction de leurs spécificités territoriales :

- combien de crèches dans les départements ruraux qui ont les meilleurs résultats scolaires, inattendus pourtant eu égard à leur "terrible déficit culturel" tel que Mr Bentolila, spécialiste germano-pratin, les présente ?

- quel accueil pour les enfants de 2 ans à la Courneuve, ou à l’Housse les Bois, ou en Ardèche, en Moselle, en Finistère ? Les Inspecteurs d’académie DSDEN ont ils reçu consigne de travailler avec les élus pour améliorer le taux d’encadrement des classes à plusieurs cours incluant des enfants de 2ans et demi ? Le qualitatif prévaut-il dans les décisions d’ouverture ou de fermeture de classes ?

- quelle coopération interministérielle entre le ministère de l’éducation nationale et le ministère de la Famille pour améliorer l’accueil des deux ans dans les régions et les banlieues qui en ont le plus grand besoin, par exemple en nommant une puéricultrice par école maternelle ayant une Toute Petite Section , ainsi que cela se fait dans d’autre pays ? NON à la conception archaïque du développement de l’intelligence

Que veut dire au juste Mr Bentolila lorsqu’il souhaite que le rôle de l’école maternelle soit de "réhabiliter sémiologiquement, culturellement et linguistiquement une part importante des enfants qui lui sont confiés ".. ? cette conception d’un enfant de 2 à 3 ans qui serait déjà à réhabiliter ( de quelle déchéance native ?) révèle une morgue et un totalitarisme de la pensée dignes d’un autre âge ... celui des "anormaux, débiles et sous-développés", d’avant la pensée ethnologique de la fin du 19è. La notion même de "réhabilitation sémiologique" semble très contestable.

D’autre part, que dire du modèle de relation pédagogique implicite de Mr Bentolila : à la maternelle, on "accompagne" des bambins, en élémentaire puis au collège , on "inculque des connaissances "à des pré-adolescents. Pour qui a étudié un peu l’étymologie... cela situe doublement l’enseignement des savoirs de base au niveau du fondement.

NON aux enseignants spécialisés pour les "bambins de 3 à 6 ans",

C’est précisément la communauté de formation entre les professeurs d’école de tous les niveaux qui pourra faciliter l’acculturation de tous et la perméabilité de leurs expériences ; si les professeurs d’école "spécialisés" en maternelle ont en formation des "contenus spécifiques " - lesquels seraient plus spécifiques à l’enfance avant 7 ans et doit on désormais découper le psychisme des élèves en rondelles ?

Quelques questions concrètes :

- serait-on enseignant à vie en maternelle ?

- ne serait-il plus possible d’accompagner ses élèves de GS en CP par exemple, ce qui est de loin une des meilleures façons d’établir une continuité entre les cycles 1 et 2 ?

- que faire des enseignants de la multitude des classes rurales qui réunissent GS-CP et CE1 ? de celles qui associent MS et CM2 ( plus rares il est vrai, mais si riches de tutorats formateurs et d’échanges linguistiques de qualité entre élèves ) ?

- comment financer des classes de 8 élèves (le taux moyen en France est de 28 élèves par classe) alors que notre pays est en grande difficulté économique ?

NON au programme de travail irréaliste suggéré pour la première école ,

" précision et richesse du vocabulaire, conscience de l’organisation grammaticale, lucidité face aux enjeux de la communication, familiarisation avec les textes" ... faisaient naguère partie du bagage linguistique des élèves... du cours moyen, nécessaire à constituer pour aborder la complexité et la variété des énoncés des disciplines du collège.
Grâce à Mr Bentolila, cette somme de savoirs s’imposerait comme engagement de l’école maternelle avant la "grande école"...
Voilà qui va sans doute apporter de la sérénité aux mères et aux pères de famille dont le "bambin" zozotte un peu, écoute plus qu’il ne parle, ou néglige toute organisation discursive pour témoigner son déplaisir de devoir rester en "soutien" quand tous les copains sont en récré ou rentrés à la maison ... sans parler de la perplexité de certains responsables, hommes politiques de haut niveau, dont les propos, publics et publiés, n’atteignent pas vraiment ce niveau de compétences fondamentales.

Pour parodier enfin le style de Mr Bentolila, qui fut en son temps un chercheur reconnu et estimé, auquel on doit des réflexions très pertinentes sur la lecture, notamment lors du colloque qu’il anima en ... 1982, on peut dire de lui qu’ il "fournit de mauvaises réponses à de vraies questions" posées par "l’incurie des hommes politiques"...Mr de Robien, avec qui il a collaboré en 2006, appréciera la généralisation du propos !

Pour mieux assurer l’identité et la pérennité de l’école maternelle, mieux vaut la laisser travailler en paix, et pour cela, éviter d’en faire un objet de polémique et de propositions hasardeuses.

 

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